Séminaire du CET

Séminaire du CET : Tiphaine Samoyault "la traduction durable" (14/02/2022)

14/02/2022
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La traduction durable 

Conférence de Tiphaine Samoyault (EHESS)

14 février 2022, 18h-20h

Il est vrai qu’actuellement l’écologie est un peu mise à la sauce de toutes les sciences humaines ; mais il est vrai aussi que la traduction a un rôle important à jouer pour préserver l’écosystème des langues et pour assurer certaines formes de survie. A cette occasion, nous déplierons tous les sens que l’on peut donner à ce syntagme de « traduction durable ».

Notice biographique :

Tiphaine Samoyault est directrice d’études à l’EHESS, et directrice du Centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL)https://www.ehess.fr/fr/personne/tiphaine-samoyault.

Ses recherches ont porté sur la forme « roman » à l’échelle mondiale, sur les rapports entre littérature et histoire, littérature et sciences humaines. Après un livre sur le roman (Excès du roman, Maurice Nadeau, 1999), elle a consacré un essai à l’intertextualité (L’Intertextualité, mémoire de la littérature, Armand Colin, 2002) et un autre à la littérature contemporaine (Littérature et mémoire du présent, Pleins-feux, 2003). Elle s’est ensuite tournée vers une étude sur la relation des arts au temps (La Montre cassée, Verdier, 2005). Pendant les années suivantes, ses recherches se sont partagées entre une longue enquête (en archives et ailleurs) sur Roland Barthes qui a débouché sur la publication d’une biographie intellectuelle de Barthes (Seuil, 2015) qui a été aussi l’occasion de revenir sur le moment théorique de la pensée française des années 1960-1980, et une réflexion sur les ailleurs de la littérature, la façon dont elle se transforme dans l’espace et dans le temps (études de littérature mondiale (Où est la littérature mondiale ?, PUV, 2009), études sur la littérature postcoloniale (nombreux articles), études de traductologie et de théorie de la traduction – Traduction et violence, Seuil, 2020). Plusieurs de ses ouvrages sont traduits en diverses langues.

Parallèlement à ses recherches, Tiphaine Samoyault est engagée dans le champ littéraire contemporain selon plusieurs modalités : elle dirige une revue en ligne de littérature et d’idées, En attendant Nadeau , après avoir longtemps collaboré à la Quinzaine littéraire. Elle fait partie de plusieurs comités de rédaction de revues. Elle est également traductrice et a publié plusieurs récits (aux éditions Maurice Nadeau et au Seuil, dans la collection « Fiction & Cie »). Elle participe très régulièrement à des émissions de radio, en particulier sur France Culture, et lie étroitement son travail de recherches à ses activités de création et de critique.

Séminaire du CET : Virginie Douglas "la traduction pour la jeunesse" (17/01/2022)

17/01/2022
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État des lieux de la traduction pour la jeunesse : enjeux et modalités

Visioconférence de Virgenie Douglas (Université de Rouen Normandie / ERIAC)

17 janvier 2022, 18h-20h, sur zoom

Un an plus tard, la polémique causée par la traduction dans certaines langues européennes du poème« The Hill We Climb », lu par son autrice, la jeune Afro-Américaine Amanda Gorman, lors de l’investiture de Joe Biden, reste d’actualité de par les débats qu’elle suscite encore sur la légitimité du traducteur à s’attaquer à certains textes. Pour rappel, outre la couleur de peau, c’est aussi sur le critère de l’âge ou sur celui de l’expérience militante de la poétesse que se fondaient les critiques ciblant plusieurs des traducteurs sélectionnés.

L’exemple de Gorman n’est certes pas directement transposable à la littérature pour la jeunesse, mais on peut se poser la question : un livre pour enfants doit-il être traduit par un traducteur pour enfants et si oui, comment définir celui-ci ? En partant des débats récents autour de l’écrivaine, par ailleurs autrice d’un album pour enfants, je proposerai un état des lieux, d’un point de vue à la fois pratique et théorique, de la traduction de la littérature pour la jeunesse au sens large, depuis l’album pour les tout-petits jusqu’au roman young adult. Cette littérature, forgée au milieu du XVIIIe siècle en Europe par la circulation des textes et par leur traduction, est spécifique dans le sens où il s’agit de la seule littérature qui se définisse par son destinataire, l’enfant. Mais cela implique-t-il une traduction particulière induite par l’âge du jeune lecteur ? 

À partir de différents exemples, nous verrons comment la présence de l’autorité adulte est toujours perceptible, bien qu’à des degrés variables, dans les textes traduits pour ce public, que ce soit par le biais du traducteur ou par celui de l’éditeur, qui viennent reproduire la relation adulte-enfant se jouant dès la phase de l’écriture du livre. L’évolution de la traduction pour la jeunesse et le mouvement important de retraductions dans les décennies récentes montrent que certains éditeurs et traducteurs privilégient de plus en plus une approche bermanienne, faisant la part belle à l’étrangeté, voire au métissage ou au caractère expérimental du texte source. Mais traduire pour la jeunesse constitue malgré tout une activité propice à la domestication ou à la « manipulation positive » (notion défendue par Riitta Oittinen, empruntée à André Lefevere) reposant sur le même rapport asymétrique et sur le même paradoxe fondateur que ceux de l’écriture pour la jeunesse, inévitablement influencée par la construction de l’enfance par la société incarnée par l’adulte.

 

Notice biographique :

Virginie Douglas est Maître de conférences habilitée à diriger les recherches au Département d’études anglophones de l’Université de Rouen Normandie (ERIAC). Ses travaux portent sur la littérature britannique pour la jeunesse, en particulier sur la théorie, la narration et la traduction de ces livres. Elle a dirigé les ouvrages Perspectives contemporaines du roman pour la jeunesse (2003), Littérature pour la jeunesse et diversité culturelle (2013), La Retraduction en littérature de jeunesse (avec F. Cabaret, 2014), État des lieux de la traduction pour la jeunesse (2015), le numéro de Palimpsestes Traduire les sens en littérature pour la jeunesse (avec B. Poncharal, 2019) et Histoires de famille et littérature de jeunesse. Filiation, transmission, réinvention ? / Family Stories and Children’s Literature. Parentage, Transmission or Reinvention? (avec R.-M. Pham Dinh, 2020). Sa monographie Le roman Young Adult au XXIe siècle en Grande-Bretagne : Explorations de la marge et de l’entre-deux est à paraître aux éditions Peter Lang.

 

Travaux sur la traduction :

 

  • Directions d’ouvrages collectifs et d’actes de colloque

Avec Bruno Poncharal. Traduire les sens en littérature pour la jeunesse. Palimpsestes 32 (2019). Paris : Presses de la Sorbonne Nouvelle. < https://journals.openedition.org/palimpsestes/2989 >

État des lieux de la traduction pour la jeunesse. Rouen : PURH, 2015.

Avec Florence Cabaret. La Retraduction en littérature de jeunesse / Retranslating Children’s Literature. Bruxelles : P.I.E.-Peter Lang, 2014.